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08/05/2010

Le bouquin du mois 2 : LES FOURMIS, Bernard Werber

Le temps que vous lisiez ces lignes, sept cent millions de fourmis seront nées sur la planète [...] dans une communauté estimée à un milliard de milliards". C'est ainsi que démarre ce classique que j'ai lu avec une réelle captivation. L'auteur y mêle une intrigue quasi-policière, des extraits d'une curieuse encyclopédie, beaucoup de rigueur scientifique et met en parallèle le monde humain et le monde fourmi, avec des héros des deux côtés. Sans vous gâcher le suspens, je dois dire que le tout se solve de façon plutôt glaciale...

ATTENTION : Certaines scènes sont assez crues, comme lorsqu'il s'agit de détailler l'attaque d'une armée de fourmis qui tue un oiseau en lui perçant le cou puis lui détruisant le cerveau... Je n'en dis pas plus mais on en vient à vérifier son lit avant de dormir !

Alors, à quand les fourmis reines du monde ?

G.

25/04/2010

L'aquabon, épisode 2



II


José vient de partir, et commence maintenant un long moment de solitude. Jusqu’à dix heures moins le quart, je ne verrai personne. C’est terrible de savoir à l’avance qu’il n’y aura pas de surprise. Je sais à quoi m’attendre; tout est réglé comme du papier à musique. Je sais qui arrive, je sais, à 5 minutes près, à quelle heure. Je sais ce que cette personne me dira aussi. A quoi bon se lever chaque matin si je connais précisément le contenu de ma journée? L’espoir sans doute, qu’un jour cela change.

Les gens de passage sont souvent étonnés de la bonne humeur qui règne à l’Aquabon. Ils ne doivent pas se rendre compte de la fraîcheur qu’ils amènent dans ma petite bulle. Ils sont rares. Souvent, des gens perdus dans le coin. Faut dire que Carnoules, c’est un village qui ne ressemble pas à grand-chose, étiré le long de la nationale reliant Nice à Toulon…Il parait qu’avant l’autoroute, il y avait plus d’animation. « Foutue technologie », disent certains vieux d’ici. « Tout ça, c’est pour créer des nouveaux impôts, avec les péages ».

Je vous disais donc, que je suis seul, pendant deux heures, tous les matins. Il y a quelques années, Madame Fornis me tenait compagnie. Avec son mari, ils avaient acheté un petit pavillon, à l’entrée du village. Lui travaillait au Luc, elle s‘occupait du foyer. Ils avaient choisi Carnoules car c’était moins cher, et que ça leur permettait ainsi d’avoir une maison, un jardin, un barbecue, bref, de quoi faire rêver presque n’importe qui. Un matin de février ( je me souviendrai toujours de ce jour-là, elle n‘était pas venue le lendemain matin, chose qui n‘arrive jamais.), Thierry, son mari, est décédé tragiquement dans un accident de moto, en se rendant au travail. On l’a retrouvé seul, dans le fossé, à 30 mètres de sa Yam. On n’a jamais vraiment su ce qu’il c’était passé. Y’avait-il eu une voiture, était-il tombé seul…?
Toujours est-il que le lendemain, un mercredi, Christine est venue. Je ne l’avais pas vue le matin, et ( bien sur, vous vous direz qu’il est facile d’affirmer cela après coup…) j’avais un mauvais pressentiment. Elle n’avait pas l’air abattue. Elle avait les yeux rouges, mais semblait réfléchir. Nous avons parlé, des heures. Elle a passé une très longue partie de la soirée, à boire des mauresques, et parler de tout, et de rien. Elle n’était pas triste. Non pas qu’elle n’aimait pas son mari, loin de là. Mais son esprit cherchait à comprendre. Nous avons envisagé toutes les possibilités.
Je pense que Christine n’avait pas encore réalisé vraiment que c’était fini, qu’il ne rentrerait jamais. Elle était face à une énigme. L’incompréhension était plus forte que le malheur. Durant les mois qui suivirent, après une semaine de mots gentils, de petites attentions, et de soutien, les carnoulais l’ont laissée livrée à elle-même. Alors Christine a continué à venir, tous les matins, me voir. A huit heures quinze du matin, pratiquement tous les jours à la même seconde, elle arrivait. Commençait alors une discussion longue. Haute. Très haute. Quelqu’un qui nous aurait surpris aurait cru à un débat philo d’ivrognes, tard le soir. Non, il était tôt le matin. Et on buvait du café. Beaucoup de café. Dans de petites tasses à expresso, nous y rajoutions, toujours, une dose de rhum. C’était fort, cela brulait au début, puis finalement, cela nous apaisait. Le café nous éveillait l’esprit, et le rhum nous déliait la langue. En quatre mois, je ne crois pas que nous nous soyons répétés une seule fois. Chaque matin, une discussion nouvelle arrivait sur le comptoir. Nous n’étions jamais à court d’idées. Le temps passait, et son mari ne reviendrait pas. L’argent lui manquait désormais. L’ennui la gagnait. Elle ne faisait rien. Une visite à l’Aquabon, entre huit heures quinze et onze heures, puis elle rentrait chez elle, et ne faisait rien. Elle pensait.
Mais penser, ma chère Christine, on n’a pas que peu le temps de le faire dans notre société. Il y a trop d’impératifs. Trop de choses nécessaires. Faut croire que réfléchir, ce n’est pas nécessaire. Non, c’est comme ça. Il faut vivre. On ne nous demande pas de comprendre pourquoi. Mais on doit le faire. Peut-être qu’après tout, on n’est pas là en tant qu’individu, mais que l’on a une vraie responsabilité, vis-à-vis de la société. Alors, on peut chercher, là où il y a encore un peu de place, à satisfaire nos vraies envies. Tous les jours, on se lèverait, avec pour seule motivation la perspective de ces petits moments, où l’on se consacrerait à nous, vraiment. D’ici là, il faut faire tourner la société. Il faut bosser, il ne faut pas mettre en danger les autres, il faut montrer à nos enfant la bonne voie, celle du labeur, et du respect du voisin. Il faut continuer à faire tourner la boite. Voilà ce qu’est le monde. Une entreprise immense, où chacun a ses responsabilités.
Si les gens prenaient le temps de penser, il y a fort à croire que la boite déposerait le bilan. Tout ça n’a que peu de sens. Je pense même que l’on se vit plus par habitude qu’autre chose. On ne se pose même plus la question de savoir pourquoi on fait ça, pourquoi on se conforme à cette vie imposée.
Certains réfléchissent. J’ai envie de croire qu’ils sont nombreux. Très nombreux. Mais ils gardent leurs réflexions pour eux, et ont l’impression d’être isolés, se sentent presque coupables d’imaginer tout ça, et d’avoir envie d’autre chose. Alors, ils achètent une maison dans un lotissement, et pourront faire leurs barbecues l’été. Inviter leurs voisins, faire semblant d’être libres. Parler des radars abusifs, de la fin des valeurs, etc. Mais le lundi matin, ils retourneront au boulot, en ne dépassant pas 130, en passant à 80 dans le village, « parce que y’a pas de panneau, donc les flics ne peuvent rien dire » et ne sauront toujours pas pourquoi ils sont là. On passe notre temps à faire semblant.
Christine, c’est pour ça que je l’aimais. Parce que tous les matins, on ne faisait pas semblant.
Seulement voilà, au bout de quatre mois, elle a disparu. Elle devait retrouver un boulot, elle me disait qu’il lui faudrait partir, retourner en ville, et reprendre une vie « normale » ( je vous épargnerai une paragraphe sur cette expression, les guillemets suffiront à comprendre mon avis…). Puis un jour, elle n’est pas venue. La rumeur a pris forme. Un soir, je suis passé chez elle. Elle n’était plus là. N’avait laissé aucune trace. Pas un mot, pas un numéro, pas une adresse. Rien. Elle était partie, tout simplement. Nous avions parlé tous les matins durant des heures depuis deux ans. Et du jour au lendemain, c’est comme si tout ça n’avait jamais existé. Ma meilleure amie était redevenue une inconnue. Un grand vide occupe désormais mes matinées. Mais je ne lui en veux pas. Elle a été au bout de ses convictions. Elle ne s’est pas conformée à la bienséance conventionnelle. Elle n’a pas fait d’au revoir formel. Elle devait partir, alors elle l’a fait. Point. Et moi, je ne bois plus de rhum dans mon café.

19/04/2010

L'aquabon, épisode 1


Bonsoir à tous! Voilà une nouvelle rubrique, qui reviendra en plusieurs épisodes! Il s'agit d'un -modeste- roman écrit pas mes soins.
Surtout, commentez, dites-moi ce qui ne va pas, ce qui est mieux; je ne prétends certainement pas faire quelque chose de parfait!
Le roman avancera petit à petit, au fur et à mesure des publications!!J'éspère que vous serez relativement nombreux à le lire!

A bientot!

Section I

I


Il fait froid, en ce matin de mars. Je vais encore être forcé d’allumer ce foutu bain d’huile. Quelle ruine cet hiver glacial! Mes factures d’électricité ont doublé, et pas un client de plus n’a pointé le bout de son nez… C’est décidé, dès que l’occasion se présente, je le vends, ce bar. Ma femme vous dirait que je répète ça tous les mardis matins de toutes les semaines, de tous les mois, depuis vingt ans. Ce n’est pas vrai, j’y ai songé par le passé, certes. Mais c’est définitif cette fois ; à presque cinquante ans, il est temps de passer le relais.
Si je gagnais bien ma vie, passe encore. Les gens s’imaginent que je suis Crésus. Cela fait longtemps que je que je me serais carapaté de ce bled de fous, si j’avais trempé mes mains dans le Pactole. Seulement voilà, depuis deux décennies, je me lève 6 jours sur 7 à 6h du matin, et je ne rentre pas chez moi avant 20h30. Sans compter les jours de match, où je ne vois mon oreiller avant minuit. Tout ça pour vivoter, et partir un été sur deux avec ma Suzanne, dans un camping au bord de l’eau. La voilà, la belle vie du Crésus carnoulais.

« Salut Manu! »
« Ah, tu es là! Je te fais ton grand crème »
Je ne l’avais pas vu arriver, José. C’est un habitué de l’Aquabon. Que dis-je, un pilier. Enfin, un pilier de café hein, pas un pilier de comptoir tel qu’on l’entend. Je ne le vois que le matin. Tous les matins à vrai dire. Il vient boire son grand crème, avant d’aller bosser.
C’est peut-être ce que je préfère dans la journée; cinq minutes avec lui. On ne parle presque pas. Jamais pour se dire des banalités en tout cas. Après tout, pourquoi devrait-on parler si l’on n’a rien à se dire? Les gens ont tellement peur du silence… Peut-être parce qu’il est souvent plus révélateur que des mots? Moi, je lui fais confiance, au silence. Il ne peut mentir, lui. On en fait ce que l’on veut. On l’interprète à sa guise: on en fait un oui ou un non, un peut-être, si l’envie nous prend. On en fait un consentement, même s’il ressemble à un refus. On ne doute pas de la franchise qui le motive, puisqu’il n’a pas de conséquence bien définie. On peut y entendre ce que l’on veut. C’est plaisant. Déroutant, mais jouissif une fois la surprise consommée.

Notre relation, à José et moi, est ainsi. Pure, parfaite. Faite de silences, mais pas de non-dits. Jamais, pour ma part, je n’ai ressenti de manque. Il a toujours su cerner mes problèmes, et il a eu les mots justes. Je pense qu’il ne nierait pas la réciproque. Peut-être parce que l’on se connait depuis longtemps aussi…
Enfin, toujours est-il que je l’aime, ce grand crème silencieux. Je ne m’en lasse pas.




A bientot pour la suite,

V.