Le Monde.fr : à la Une

30/03/2010

"L'art est prétention"




Ce mois-ci, je vous propose un petit focus sur un artiste très connu: Benjamin Vautier.
En vulgarisant la culture, ainsi que la philosophie ( il se qualifie lui-même de "philosophe de bistrot")qu'il exprime à travers ses célèbres phrases, Ben s'est attiré le mépris du milieu artistique français. S'adresser au "public qui passe, et pas à une élite" lui a valu d'être isolé dans le paysage culturel du pays.

Le directeur du Musée d'art contemporain de Lyon, Thierry Raspail, prend à contrepied tout son petit monde, et propose, jusqu'à cet été, une rétrospective sur l'œuvre de l'artiste.
Pas trop tôt, me direz-vous: Ben, l'artiste le plus connu des collégiens et lycéens, a 74 ans.

Affamé de reconnaissance, habité par le désir d'être le plus grand artiste de son temps, Ben n'a pas peur du regard des autres. La tonalité "noire" de ses œuvres n'apparait qu'à la fin des années 60, jumelée à sa proximité avec le mouvement Fluxus, qui prône un artiste "proche de son public".

Ben détone, n'entre pas dans les cadres, se veut unique. Il le dit, la phrase qui marche le mieux, "Je suis unique au monde", il l'a écrite pour lui.
Il est un mégalomane conscient, et ne fait rien pour s'en défaire. Un personnage fascinant, en somme, en décalage avec son temps.
En dehors des cadres français, aussi. Comme il se plait à le remarquer, Andy Warhol, ou Keith Haring, ont su devenir des monuments. Les produits dérivés de leurs œuvres n'ont en rien altéré leur image, bien au contraire, ils en ont fait les figures de proue de la culture pop, partout dans le monde. Mais ils sont américains, pas français.

Pour tous ceux qui auront, d'ici juillet, la chance de passer à Lyon, ne ratez pas le "Strip-tease intégral de Ben" ( toutes les infos sur http://www.mac-lyon.fr )!!

Il m'est impossible de vous laisser sans vous poser la question, chers lecteurs;
L'élitisme est-il l'essence même de la culture? La vulgariser, est-ce nécessairement la vider de sa richesse?

En cas de commentaire, je me ferai un plaisir d'y réfléchir avec vous!


V.

24/03/2010

La touche du disquaire 2 : alors, on danse ?

Découverte pour moi, qui n'en sera peut-être pas une pour vous, et qui donne plus qu'envie de danser. Du hip-hop à la sauce électro, concocté par un jeune Bruxellois maestro de l'instrumental, qui y pose aussi sa voix avec des petits couplets affûtés, et des refrains qui risquent de rester en tête pendant des heures. Pour une fois qu'on comprend les paroles sans le regretter !

L'artiste en question, c'est "Stromae": ancien rappeur au crâne rasé, qui a relooké sa musique en même temps que sa garde robe. Aujourd'hui, c'est plus branché / Mika / gilet-chemise-noeud papillon-wayfarer.
Armé d'un clavier et un PC, il crée ses mélodies (pas uniquement pour lui d'ailleurs); il fabrique également ses clips, comme pour le morceau un peu barré "Up saw liz".
Roi de l'auto-promo, il diffuse ses "leçons de Stromae" sur le net, et monte aussi un titre pour se "faire du buzz".
On a pu l'entendre sur d'autres radios, mais c'est sur "le mouv'" qu'on l'entend en ce moment. Si ça, c'est pas la preuve qu'il est passé du côté des branchés...

SON CLIP :



et les liens vers ses sites officiels :

- myspace
- skyrock, où on trouve toutes les "leçons"
- le site
- et il a même une page facebook, avec tout plein de fans

G.

22/03/2010

L'idée politique du mois 4: Où va Sarkozy?








Vous en avez peut-être marre de ces élections. C’est même certain en fait. Je vais donc tenter de viser un autre objectif, et parler de ce qu‘elles vont engendrer.

Ce scrutin régional a pris la forme ( à tort ou à raison, c’est un autre débat, je pense personnellement que c’est une erreur) d’un référendum d’approbation ou de rejet de la politique du gouvernement Sarkozy ( quoi, il y a un Premier Ministre?). Le PS et l’UMP ont voulu en faire un débat national. Il ont évoqué durant la campagne des enjeux nationaux. Les conséquences ne seront donc pas régionales.
La « victoire du PS »( cette expression au lendemain d’une élection régionale, me paraît tellement antinomique, que je me permets de la mettre entre guillemets) est donc une vraie sanction à l’encontre du gouvernement en général, et, il me semble, du sarkozysme en particulier. Nicolas Sarkozy paye en cette fin mars non pas la conjoncture, la crise, etc. Non, il paye ses erreurs propres, et celles de ses conseillers, assurément. Il a voulu se mettre en première ligne, tout gérer, être l’arbitre, le chef de l’exécutif, sur tous les fronts. Il n’a aucunement fait le choix d’utiliser un Premier Ministre « fusible » comme beaucoup de ses prédécesseurs.
Certains parleront d’audace. Je pense plutôt qu’il se croyait vraiment capable de tout gérer, et de se faire réélire, en la qualité d’hyper président. Il se trouve désormais face à un vrai dilemme. Continuer, ou rompre avec tout ça?

Un rapide tour d’horizon historique nous rappelle une chose: les présidents réélus par les français sont au nombre de deux; François Mitterrand, et Jacques Chirac. Tous deux, à mi-mandat, ont été sanctionnés par un scrutin législatif. Tous deux ont en fait glané et remporté un second mandat en grande partie grâce à, respectivement, deux et cinq ans de cohabitation. Un Premier ministre de gauche, et si c’était ça, la solution pour Sarkozy? Nommer Martine Aubry Premier ministre. Oublier son rôle d’hyper président, et l’envoyer sur les dossiers « chauds », comme il se doit. Se cantonner à son rôle d’arbitre, se donner une nouvelle image. Pendant ce temps, il y a fort à parier que la gauche et sa chef de file se perdraient, et arriveraient en 2012 en position très délicate, avec non plus un bilan à critiquer, mais un bilan à défendre. Les rôles seraient inversés, en fait.

Claude Guéant a affirmé que Fillon ne présentera pas sa démission. Sarkozy ne changera certainement pas sa façon de faire, tout au plus, il donnera plus de poids à son Premier ministre actuel, tentant d’en faire, enfin, un vrai « fusible».


Cela ne sera sans doute pas suffisant, et si la gauche sait, dans l’année à venir, éclaircir la position de chacun en son sein, et pour les présidentielles, alors, Sarkozy sera très mal en point en 2012. Elle est peut-être là la victoire de la gauche; dans l’entêtement du président.


V.

20/03/2010

La critique ciné du mois 3: Le rêve italien, Michele Placido





Ce film de Placido est inspiré de sa propre jeunesse. Peut-être est-ce là que prend naissance le côté brouillon de l'œuvre: à vouloir transposer à l'écran ses souvenirs, que le temps a érodé, le réalisateur se perd dans les clichés de l'époque. 68, les révoltes étudiantes, les affrontements, les images d'archives, c'est du vu et revu. "Son" Romanzo Criminale jouissait d'un vraie force, on était aspiré par l'histoire. Là, on est plutôt aspiré par les longueurs, et les quelques scènes touchantes peinent à masquer le manque d'originalité du film.
Si "Il grande sogno" peut au mieux susciter, à mon goût, de la tendresse, cela tient à ses interprètes. Jasmine Trinca est sublime, et joue merveilleusement bien la jeune fille catho qui s'éloigne de sa famille, et se découvre petit à petit. Vraiment, cette jeune fille est à suivre, et le cinéma italien tient là une petite perle.
Luca Argentero est également séduisant, mais souffre encore une fois de son rôle: le gentil flic, qui tombe amoureux de la révoltée, etc etc.

Bref, un film à oublier selon moi. Si vous tenez à aller le voir, vous passerez un moment sympa grâce aux acteurs, et à quelques scènes attendrissantes, voire touchantes, mais n'en attendez pas plus du "Grand cliché italien".





V.

19/03/2010

La critique ciné du mois 2 : LOGORAMA

Plus le partage d'un coup de coeur qu'une véritable critique, voici le court-métrage qui (COCORICO !) a gagné l'Oscar: Logorama. Il est ici en VF, avec les vois d'Omar et Fred.



Logorama : Court-Métrage - Version Intégrale (VF/HD)

Réalisé par le studio français H5, Logorama met en scène 2500 logos en tous genres, comme l'expliquent les trois graphistes stars François Allaux, Ludovic Houplain et Hervé de Crécy, également primés à Cannes.

Une histoire d'ailleurs truffée de "clins d'oeil" et "clichés" comme se plaisent à l'expliquer les frenchies: la scène de l'action est Los Angeles, "cliché cinématographique", où surviennent des évènements typiques du film d'action / catastrophe. Ou encore: la planète "Pepsi" autour de laquelle gravitent tous les satellites de son groupe commercial !

Alors qu'on pourrait penser que le but de ce court-métrage est d'amener à réfléchir sur l'intoxication provoquée par la pub dans le milieu urbain, ou encore les risques de la société de consommation, les concernés ne se montrent pas aussi radicaux.

L'ambition de H5 était avant tout d'exprimer un "droit de réponse". Ils confessent avoir voulu se réapproprier un univers, un environnement qui nous appartient mais sur lequel nous n'avons plus aucune prise. Il ne s'agit pour eux ni d'une vengeance, ni d'un pamphlet anti-capitaliste. Il y a également derrière tout ça, la fascination pour le logo même: de son point de vue graphique ainsi que de la sur-protection dont il bénéficie, "plus intouchable que le pape". Reste à savoir si les fraîchement récompensés ne vont pas aussi remporter le titre de "fraîchement épinglés" pour avoir utilisé ces logos sans aucune autorisation.

G.

17/03/2010

"Le progrès: trop robot pour être vrai"





L’ère du robot-journalisme


S’il est bien une profession que l’on pensait à l’abri des nouvelles technologies, et du progrès de la science, le journalisme serait venu à l’esprit de nombreuses personnes. A commencer par les concernés.

Depuis peu, Infolab, une société américaine, a détruit cette idée.
C’est dans l’Illinois qu’est né, de l’imagination de deux professeurs, ainsi que de la compétence de deux jeunes diplômés, John Templon (27 ans, journaliste) et Nick Allen ( 25 ans, informaticien), Stats Monkey. Il s’agit d’une machine capable de créer un article de A à Z, en moins de deux secondes ( relevé d’information sur le net, traduction en langage informatique, recherche de vocabulaire journalistique dans une base de données, de figures de style, etc.). Bientôt, il saura même imiter le style d’un journaliste connu. Pour le moment, le but des chercheurs est de faire travailler The Machine sur les évènements sportifs, ainsi que dans la finance, et plus précisément la bourse. Les services de Stats Monkey seront bientôt commercialisés.

Un autre programme est déjà presque au point chez Infolab:

Intitulé News at Seven, il s’agit d’un système qui crée des journaux télévisés à la demande. Il suffit de sélectionner trois rubriques généralistes ( sport, politique étrangère, et cinéma par exemple). Le programme se charge de rechercher sur le net des informations récentes, d’en faire un condensé, d’y insérer des vidéos en rapport avec le sujet, puis, enfin, de traduire tout cela en fichier audio que deux personnages de dessin animé, Zoe et George, présenteront. Là encore, quelques secondes seulement sont nécessaires.

Six autres programmes sont en cours d’élaboration, et, plus que jamais, le robot s’installe dans notre présent.




Immense progrès, ou terrible danger?

Si créer une intelligence artificielle si complexe est assurément une prouesse scientifique, il convient de s’interroger sur la finalité de tout cela. Un prouesse scientifique, justement, est-elle forcément un progrès? A l’heure où la presse écrite est déjà en danger, et le journalisme une profession « saturée », l’arrivée de ce robot parait sonner le glas du métier. S’il restera bien sûr une part aux humains, concernant l’analyse et les reportages sur le terrain, elle n’en sera que minime. Et forcément menacée par les prochaines découvertes et avancées scientifiques.
Le journalisme est en danger, après que l’industrie aie déjà contracté ce cancer. Le chômage est au plus haut, tandis que nos usines tournent seules, que nos métros n’ont plus de tête, et que, demain, nos journalistes seront des machines.
Je crois vraiment qu’il faut sortir de cette idée selon laquelle la science n’est source que de progrès. Elle a déjà fait beaucoup de mal à l’humanité, et continuera d’en faire. L’héritage des années 70, et la révolution numérique nous poussent à faire aveuglément confiance à la technologie. C’est, je crois un grande erreur de l’Homme moderne.



Qu’en pensez vous?


V.

(titre-citation: Jacques Prévert)

16/03/2010

L'idée politique du mois 3 : le vote obligatoire ?


Arrivée en tête ce week end, grande gagnante des élections avec un taux record, c’est d’elle dont on parle le plus… l’ABSTENTION ! Bien qu’attendu, le taux d’abstention a battu un record pour des élections régionales.

C’est une phrase postée sur facebook qui m’a poussée à réagir : « A quand le vote obligatoire ? ». Pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ?

Si on considère un certain point de vue, le problème de l’abstention à ces dernières élections viendrait du fait que les électeurs ne comprennent pas : on élit qui ? pour quoi faire ? ça m’apportera quoi ?
De là, deux conclusions ou plutôt trois : soit le système est trop complexe (ce qui pourrait aussi amener à débattre), soit l’électorat est idiot, soit il se désintéresse de la question politique. C’est seulement dans le dernier cas de figure que l’on pourrait envisager cette possibilité de rendre le vote obligatoire.
Je dis bien « pourrait », car il découle de cette solution d’autres problématiques. Dans le cas où le vote devient obligatoire, comment ferions-nous (qui ne sommes pas si bêtes finalement, si on ne vote pas, c’est pas forcément parce que le programme télé du dimanche est plus attirant que l’urne) pour exprimer l’insatisfaction générale face aux propositions politiques ou aux personnes politiques elles-mêmes ? « En votant blanc » me direz-vous. Oui, mais…

Le vote blanc n’est pas comptabilisé dans les scores, qui n’évoquent que les « votes exprimés ». Faut avouer quand même, comme le soulignait V., que ça ferait bizarre de dire que « blanc » a été élu au premier tour des régionales, avec la majorité absolue. Car le problème serait que tout les abstentionnistes d’alors votant blanc, plus tout ceux qui ont également voté blanc, personne ne serait élu.

Autre problème, si on ne donne pas de pouvoir au vote blanc, on le donne inexorablement aux extrêmes. Comme l’abstention dans le contexte actuel, le vote blanc non comptabilisé amènerait à élire, et peut-être au premier tour, des partis d’extrême droite notamment, comme le montrent les scores réalisés par ces partis marginaux, qui augmentent en cas de forte abstention. Le coup du « vote exprimé » une nouvelle fois, jouant en défaveur des partis de masse.

Peut-être que cela serait un véritable électrochoc pour la population, qui changerait alors de stratégie. Mais dans le cas où l’abstention est un véritable choix politique affirmé, c’est nier cette possibilité que de forcer l’électorat à voter par défaut. On est alors bien loin de la démocratie…
Et le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Le risque semble trop grand. De plus, V. a raison lorsqu’il dit qu’obliger à voter, c’est aussi aller contre le principe libertaire de la démocratie (oui, nous nous confrontons avant, celui qui gagne a le droit d’écrire l’article…). Et puis si je vais pas voter, on me fait quoi ? On m’envoie en prison ? On me prive de mes droits civiques ? On augmente mes impôts ?

Le problème du scrutin semble alors insolvable par le vote obligatoire.

Il semble donc que ce n’est pas le scrutin qui pose problème, mais ce qui l’entoure. On parle de « crise de la représentation politique », « détournement de la campagne et de ses enjeux » rappelant tous les scandales se faisant jour alors (l’affiche du FN, le candidat PS « dangereux récidiviste », etc.) ainsi notamment que le déplacement du débat au niveau national.
Heureusement, une petite réforme comme on en a la recette en France, va supprimer tout ça, et en 2014, on n’élira plus des conseillers régionaux et généraux, mais des « conseillers territoriaux ».
De la poudre aux yeux ?
Et sur la question du vote obligatoire : serait-ce viable selon vous ? et comment le sanctionner ?
G.